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Mai 1968, une récréation ?

 

                                       

 

« Il n'y a pas eu de mort en Mai 68. »

 

Qui peut encore dire des choses pareilles ? Rassurez-vous, c’est quelqu’un de bien, Michel Wieviorka, célèbre sociologue français directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, rien que ça…), dans « Action directe, un terrorisme à la française », documentaire diffusé sur La Cinquième, le 24/03/07. Les familles des victimes devraient porter plainte, pour négationnisme.

 

 

 

 Bref rappel pour ceux qui ne voient en Mai 68 qu'un caprice petit-bourgeois.

 

 Nuit du 24 au 25 mai : deux morts.

A Lyon, le commissaire de police Lacroix, meurt sur le Pont Lafayette, en tentant d’arrêter un camion lancé par les manifestants. La police, la presse et les mauvais historiens diront que ce commissaire est mort écrasé par le camion – ce qui permit d’envoyer en prison deux « trimards », deux marginaux, cibles idéales pour l’arbitraire policier. En fait, la thèse qui semble aujourd’hui la plus avérée est celle de la crise cardiaque (le camion zigzagant très lentement sur le large pont, et le commissaire ayant déjà fait des attaques).

Durant la deuxième « nuit des barricades », à Paris, les forces de l'ordre pénètrent les rues en bulldozers et à coups de grenades offensives. A 3h du matin le ministre de l'Intérieur Christian Fouchet déclare à la presse « Je demande à Paris de vomir cette pègre qui la déshonore. » On relève au matin, sur une barricade de la rue des Ecoles, le corps de Philippe Mathérion, 26 ans.

Rassurons-nous, on pouvait lire le 26 mai dans L'Humanité, célèbre quotidien communiste français, oeuvrant pour la libération des hommes, « Toute la nuit, dans les divers quartiers de Paris, on retrouvera des voyous douteux, cette pègre organisée dont la présence salit ceux qui l'acceptent et plus encore ceux qui la sollicitent. » La reprise terme à terme du discours dominant par les organisations communistes est devenue structurelle en Mai 68.

  

10 et  11 juin : trois morts.

Gilles Tautin, 17 ans, lycéen, meurt noyé dans la Seine lors d’une rafle de police.

Le soir, les CRS attaquent les ouvriers de l'usine Peugeot-Montbéliard. L'affrontement dure dix-huit heures. Pierre Beylot, jeune gréviste de 24 ans, est tué de deux balles de pistolet-mitrailleur. Un autre gréviste, Henri Blanchet, 49 ans, déséquilibré par une grenade offensive, tombe d'un parapet et meurt le crâne fracturé.

 

28 juin :  Jean-Claude Lemire, Katangais (dissidents ultra radicaux), est assassiné par un légionnaire déserteur.

...

 

Le nombre de morts liés aux événements de Mai 68 reste discuté, mais il avoisine à coup sûr la dizaine. Le nombre de blessés graves (membres amputés, paralysie…) atteint quant à lui la centaine. Idem pour le nombre de prisonniers politiques, et le nombre de licenciés pour leur engagement (un tiers des employés de l'ORTF par exemple). Mai 68 signifie donc des centaines de vies brisées.

 

Attention, il ne s’agit pas de dire que Mai 68 fut un bain de sang (comme le 17 octobre 1961 par exemple) mais de lutter contre la neutralisation de l’événement.

 

Avec ses morts, ses dizaines de blessés graves et surtout ses huit millions de grévistes, Mai 68 reste la plus grande grève de l’histoire ouvrière.

Mai 68 ne fut pas qu'une révolte bon enfant.

Mai 68 ne fut pas qu'un événement parisien.

Mai 68 ne concerna pas que les étudiants.

Mai 68 ne s'arrête pas en mai 68.

 

  

  

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Voir aussi :

- Graffiti de mai 68